Les avantages et inconvénients de Rome pour les expatriés
Rome fascine, séduces et parfois exaspère. C'est une ville qui suscite rarement l'indifférence : ceux qui y vivent l'adorent profondément, ceux qui en partent la regrettent souvent. Mais avant de signer un bail et de tout plaquer pour la Ville Éternelle, il vaut mieux regarder la réalité en face — les splendeurs comme les frictions. Voici le bilan honnête de Rome pour un expatrié francophone en 2026.
Les avantages
1. Une beauté incomparable et un patrimoine mondial unique
Nulle autre ville au monde n'offre une telle densité de chef-d'œuvres au mètre carré. Rome compte 7 collines historiques, plus de 900 églises, 280 fontaines et des monuments qui ont défini l'histoire de l'humanité : le Colisée, le Forum Romain, le Panthéon, la Fontaine de Trevi, la Place Navone, le Vatican avec la Chapelle Sixtine et la Basilique Saint-Pierre.
Ce n'est pas un musée à ciel ouvert — c'est une ville vivante où l'on prend son café devant un arc de triomphe du IIe siècle. Vivre à Rome, c'est développer une relation quotidienne à la beauté que peu d'expatriés anticipent vraiment avant d'arriver.
2. La dolce vita : un art de vivre authentique et communicatif
La "dolce vita" n'est pas un cliché touristique — c'est une philosophie sociale réelle que Rome pratique encore mieux que les autres villes italiennes. Le rythme de vie est structuré autour de plaisirs simples et collectifs :
- L'espresso au comptoir du bar du quartier (1,20 €)
- L'aperitivo en terrasse dès 18h, avec Spritz ou Campari et buffet
- La passeggiata du soir — se promener sans but dans les ruelles éclairées
- La vita lenta — la résistance culturelle au surmenage productif
- Les repas longs, les discussions animées, les piazzas comme salons collectifs
Pour un expatrié francophone qui vient d'une ville où le déjeuner se mange en 20 minutes devant un écran, l'effet de décompression est immédiat et durable.
3. Les institutions et la diplomatie : une opportunité professionnelle unique au monde
Rome est le siège de trois agences spécialisées des Nations Unies dédiées à l'alimentation et l'agriculture mondiale :
- FAO (Organisation pour l'Alimentation et l'Agriculture) — ~3 500 employés
- FIDA (Fonds International de Développement Agricole) — ~600 employés
- PAM (Programme Alimentaire Mondial) — ~1 500 employés au siège
Ces trois institutions, toutes situées dans le quartier Circus Maximus / Aventin, offrent des postes en agronomie, économie du développement, droit international, communication, data science et management — avec des packages salariaux nets très attractifs (exonération fiscale, couverture sociale internationale, allocations expatriation).
S'y ajoutent plus de 170 ambassades à Rome — dont une des plus grandes ambassades françaises au monde — ainsi que des représentations de la Commission Européenne et des organisations de l'Église catholique mondiale.
4. Un coût de la vie inférieur à Milan — et très inférieur à Paris
Rome est environ 20-25 % moins chère que Milan sur les loyers et le coût de vie global. Et comparée à Paris, l'écart est encore plus net :
| Poste | Rome | Milan | Paris |
|---|---|---|---|
| Loyer T1 centre | 1 100-1 600 € | 1 400-2 000 € | 1 400-2 200 € |
| Espresso | 1,20 € | 1,50 € | 2,50-3,50 € |
| Pizza au restaurant | 8-12 € | 10-15 € | 12-18 € |
| Abbonamento transport | 35 €/mois | 39 €/mois | 86,40 €/mois (Navigo) |
Pour un fonctionnaire international bénéficiant d'une exonération fiscale italienne, le pouvoir d'achat à Rome est exceptionnel.
5. Le climat méditerranéen : plus de 280 jours de soleil par an
Rome bénéficie d'un climat méditerranéen typique avec des hivers doux (5-12°C, rarement en dessous de 0°C), des printemps magnifiques (la meilleure saison pour s'y installer), des étés chauds et secs et des automnes lumineux. La neige en ville est un événement rare et presque festif.
Pour un expatrié venant de Paris, Bruxelles ou Montréal, l'impact psychologique de 280 jours de soleil est considérable. Moins de dépression saisonnière, plus de vie en terrasse, une forme de bonne humeur structurelle.
6. La communauté française : un filet de sécurité solide
Rome abrite l'une des communautés françaises les plus importantes d'Italie :
- Lycée Chateaubriand — École française officielle (AEFE), environ 2 000 élèves de la maternelle au bac. L'une des plus grandes écoles françaises au monde.
- Institut Français de Rome — Événements culturels, médiathèque, cours de langue, résidence d'artistes
- Chambre de Commerce Franco-Italienne (CCFI) — Réseau professionnel actif, événements networking, aide à l'installation
- Associations d'expatriés, groupes Facebook actifs, meetups réguliers
Contrairement à certaines destinations plus exotiques, s'installer à Rome ne signifie pas repartir de zéro socialement.
7. La cuisine romaine : une identité gastronomique incomparable
Rome n'est pas juste "la cuisine italienne" — c'est une gastronomie régionale ultra-identitaire qui se défend farouchement face à l'uniformisation :
- Cacio e pepe — Pecorino romano, poivre noir, spaghetti. Trois ingrédients, un résultat magique.
- Carbonara — L'originale, avec guanciale et œuf (jamais de crème).
- Supplì — Croquettes de riz frites, spécialité de street food romaine
- Carciofi alla giudia — Artichauts frits à la juive, spécialité du Ghetto
- Maritozzi — Brioches à la crème chantilly, petit-déjeuner des Romains
- Frascati — Vin blanc des Castelli Romani, parfait en carafe dans les trattorias
Manger à Rome, même au quotidien dans les trattorias de quartier, est une expérience qui dépasse de loin ce que proposent la plupart des capitales européennes.
Les inconvénients
1. L'ATAC : des transports publics chroniquement défaillants
C'est le point noir le plus douloureux du quotidien romain. L'ATAC (réseau de transports public) cumule les problèmes structurels :
- Grèves régulières (scioperi) — Plusieurs fois par an, souvent le vendredi et parfois sans préavis suffisant pour s'organiser
- Bus bondés et en retard — Aux heures de pointe, les bus arrivent avec 20-40 min de retard ou n'arrivent pas du tout
- Métro limité — Seulement 3 lignes pour une ville de 2,8 millions d'habitants (Paris en compte 16)
- Maintenance insuffisante — Escalators en panne, ascenseurs défaillants, stations peu entretenues
- Application peu fiable — Les horaires temps réel ne sont pas toujours respectés
Le résultat : de nombreux expatriés adoptent le scooter (risqué) ou le vélo électrique (mieux) pour se déplacer.
2. La bureaucratie : un obstacle légendaire
La bureaucratie italienne est probablement la plus frustrante d'Europe occidentale pour un expatrié. À Rome, elle atteint un niveau supplémentaire :
- Rendez-vous à la questura (préfecture) pour le permesso di soggiorno (titre de séjour) : délais de plusieurs mois, files d'attente interminables
- Inscription à l'anagrafe (mairie) : documents nombreux, certifications, légalisations
- Ouverture de compte bancaire : peut nécessiter codice fiscale + permesso di soggiorno + justificatif de domicile + document supplémentaire selon les banques
- Services publics digitaux : lentement améliorés (SPID, IO app) mais encore inégaux
Le conseil universel des expatriés : être patient, avoir tous ses documents en triple exemplaire, et idéalement se faire aider par un CAF (Centro di Assistenza Fiscale) ou un patronato.
3. La circulation et les scooters : le chaos quotidien
Rome compte environ 1,5 million de voitures et scooters immatriculés pour 2,8 millions d'habitants. La ville n'a pas été conçue pour ce volume de trafic motorisé — ses ruelles médiévales se retrouvent saturées dès 7h30.
- Traverser une rue peut relever de l'expérience de jeu vidéo
- La conduite romaine est agressive et peu prévisible pour les piétons
- Les scooters remontent les files, passent aux feux rouges, stationnent sur les trottoirs
- Les accidents impliquant piétons et cyclistes sont fréquents
4. Les loyers en hausse : la gentrification accélère
Les loyers romains ont augmenté de 15-20 % en trois ans sous l'effet conjugué du tourisme de masse, des plateformes type Airbnb qui réduisent l'offre longue durée, et de l'attractivité internationale croissante de la ville.
- Trastevere et Monti (autrefois abordables) atteignent désormais 1 400-1 800 € pour un T1
- Trouver un bon appartement en dessous de 1 000 € au centre est devenu très difficile
- Les propriétaires privilégient souvent les contrats courts pour préserver leur flexibilité Airbnb
5. L'emploi privé : moins d'opportunités qu'à Milan
Pour les profils commerciaux, tech, finance ou management d'entreprise privée, Rome est nettement moins dynamique que Milan. Les grandes entreprises italiennes (Eni, Intesa Sanpaolo, Enel ont leurs sièges décisionnels à Milan ou dans le nord). L'écosystème startup reste embryonnaire comparé à Milan ou même à Turin.
Sauf dans les secteurs spécifiques à Rome (institutions, tourisme, médias, cinéma), la recherche d'emploi peut être longue.
6. Le tourisme de masse : la saturation du centre historique
Rome reçoit plus de 50 millions de visiteurs par an. En haute saison (avril-juin, septembre-octobre), le centre historique — Colisée, Fontaine de Trevi, Place Navone, Campo de' Fiori — est saturé. Les files d'attente, les prix gonflés pour les touristes, les restaurants qui ne servent que des menus médiocres à prix élevés, et la foule permanente peuvent finir par user même les expatriés les plus enthousiastes.
Pour qui est Rome ?
Rome est idéale pour :
- Les professionnels des institutions internationales (FAO, FIDA, PAM) et de la diplomatie
- Les profils tourisme, hospitalité et gestion d'expériences
- Les retraités aisés cherchant beauté, douceur de vivre et sécurité
- Les artistes, cinéastes, écrivains et créatifs
- Les familles cherchant un cadre culturel et humain exceptionnel
- Ceux qui accordent autant d'importance à la qualité de vie qu'à la carrière
Rome est moins adaptée pour :
- Les profils tech, finance ou startup cherchant un marché privé dense (→ Milan)
- Les noctambules cherchant une vie nocturne intense et prolongée
- Ceux qui ont une faible tolérance à la bureaucratie et aux imprévus
- Les travailleurs qui ont besoin d'un réseau de transport fiable à toute heure
Verdict
Rome est l'une des rares villes au monde où la qualité de vie quotidienne dépasse ce que peuvent offrir les statistiques économiques. Ce n'est pas la ville la plus efficace, ni la plus connectée, ni la plus rapide. Mais elle est belle au-delà de ce que les mots peuvent décrire, douce de façon structurelle, et capable de transformer durablement le regard que l'on pose sur la vie. Pour les expatriés qui s'y font, elle devient souvent la ville de toute une vie.
Sources :
- Numbeo — Crime Index et Cost of Living Rome 2026
- FAO/FIDA/PAM — Données emploi et effectifs 2026
- Lycée Chateaubriand Rome — Effectifs AEFE 2026
- ATAC Roma — Bilan de fonctionnement 2025
- Immobiliare.it — Évolution loyers Rome 2023-2026
- Expatica — Guide expatriation Rome